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Marchés publics

Combien coûtent les appels d’offres publics en Suisse ?

En 2025, plus de 31 000 offres déposées sur des marchés publiés sur SIMAP n’ont pas obtenu le contrat. Ce que ce travail coûte aux entreprises, et ce que les données permettent d’en dire.

Publié le Mis à jour le 11 min de lecture

Sacha Gönczy · Cofondateur de Sealio

En bref

  • En 2025, les avis d’adjudication publiés sur SIMAP recensent 41 170 offres, dont 9 824 ont obtenu un marché. Les 31 346 autres, soit 76 %, sont reparties sans contrat.9
  • Un marché publié sur SIMAP a reçu en moyenne 4,7 offres ; plus d’un quart n’en ont reçu qu’une ou deux.9
  • Une estimation présentée à l’IT-Beschaffungskonferenz 2026 chiffre le coût des procédures à environ 560 millions de francs par an, dont 82 % à la charge des soumissionnaires.1
  • Dans les hypothèses de ce modèle, une offre demande 144 heures de travail, soit environ 9 200 francs au coût horaire moyen de l’économie suisse.1,2
  • Dans les achats informatiques, les valeurs médianes déclarées en 2019 par les fournisseurs vont de 49 à 240 heures par offre selon le type d’achat.3
  • Dans une expérience menée auprès de 177 entreprises danoises, les coûts de transaction estimés sont environ 34 % plus élevés avec un acheteur public qu’avec un acheteur privé.6

Combien d’offres sont déposées, et combien n’obtiennent rien ?

En 2025, les avis d’adjudication publiés sur SIMAP recensent 41 170 offres pour 9 824 offres retenues. Les 31 346 autres, soit 76 %, n’ont pas obtenu le contrat.9

Ces chiffres portent sur les 8 724 avis, sur 10 820 publiés dans l’année, qui indiquent le nombre d’offres reçues. Les procédures sans publication sur SIMAP n’y figurent pas. Le total est donc un minimum.

Un marché publié sur SIMAP a reçu en moyenne 4,7 offres, et la moitié des marchés en ont reçu quatre ou moins. Plus d’un quart n’en ont reçu qu’une ou deux : 10 % une seule, 17 % deux.9

SecteurOffres par marché (moyenne)Marchés avec une ou deux offresAvis analysés
Construction4,425 %3 791
Ingénierie et planification6,021 %1 087
Technique du bâtiment5,121 %1 350
Informatique6,227 %587
Autres secteurs3,941 %1 909
Tous secteurs4,727 %8 724

Source : analyse Sealio des avis d’adjudication publiés sur SIMAP en 2025.9

Les marchés d’ingénierie et d’informatique attirent en moyenne six offres, ceux de la construction un peu plus de quatre. En informatique, 30 % des marchés ont reçu sept offres ou plus, mais 27 % n’en ont reçu qu’une ou deux. Hors de ces quatre secteurs, quatre marchés sur dix n’ont reçu qu’une ou deux offres.9

La présentation donnée à l’IT-Beschaffungskonferenz 2026 suggère de viser trois à six offres par adjudication.1 En 2025, 53 % des marchés publiés sur SIMAP se situaient dans cette fourchette. Ce repère peut servir à discuter le fonctionnement d’un marché, mais il ne constitue ni un optimum universel ni un plafond à imposer. Une concurrence effective dépend de la qualité et de l’indépendance des offres, ainsi que de la structure du marché. Le nombre de dossiers reçus ne suffit pas à l’apprécier.

Dans un marché qui reçoit quatre offres et désigne un seul adjudicataire, trois entreprises ont préparé une réponse sans obtenir le contrat.

Avant de répondre

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Combien coûte ce travail ?

Le coût de ces heures n’est pas mesuré de façon systématique en Suisse. Une estimation présentée par Jennifer De Capitani à l’IT-Beschaffungskonferenz 2026 avance environ 560 millions de francs par an, dont près de 82 % à la charge des entreprises qui soumissionnent.1

Le modèle combine deux séries d’hypothèses : environ 14 000 procédures par an du côté des adjudicateurs, à 97 heures chacune, et 50 000 offres du côté des entreprises, à 144 heures chacune, valorisées aux coûts horaires publiés par l’OFS pour 2020.1,2

Le montant est une extrapolation, construite sur des hypothèses plutôt que sur une mesure. L’ordre de grandeur du nombre d’offres, lui, est cohérent avec les avis publiés sur SIMAP en 2025.9

Combien d’heures demande une offre ?

Le mémoire de Corinne Wegmüller, réalisé à l’Université de Berne en 2019, mesure l’effort déclaré dans les achats informatiques. Selon le type d’achat, les valeurs médianes déclarées par les fournisseurs vont de 49 à 240 heures par offre ; chez les adjudicateurs, elles vont de 54 à 140 heures. L’enquête comprend 173 réponses complètes : 84 adjudicateurs, 56 fournisseurs et 33 conseillers. Les logiciels spécifiques se distinguent des achats de matériel.3

Ces écarts comptent davantage, pour piloter une procédure, qu’une moyenne unique. Le mémoire porte sur l’informatique, repose sur des réponses déclaratives et ne constitue pas un échantillon représentatif de tous les marchés publics suisses. Il justifie en revanche de différencier l’effort attendu selon la nature et la complexité du besoin.3

Le rapport européen de PwC, London Economics et Ecorys de 2011 élargit la perspective. Il estime les coûts de procédure à environ 1,4 % de la valeur des marchés étudiés, avec une majorité de ces coûts du côté des entreprises. Il constate aussi que leur poids relatif augmente pour les marchés de faible montant. Ces résultats historiques ne donnent pas un taux applicable à la Suisse de 2026 ; ils montrent pourquoi une même exigence documentaire peut être proportionnée pour un grand contrat et pesante pour un petit.4

Une recherche de Balaeva et ses collègues, fondée sur une enquête menée en Russie en 2017, retrouve ce contraste : les coûts de transaction représentent environ 1 % de la valeur totale des contrats dans leur estimation, contre 6,6 à 8,1 % pour les petits achats. Le contexte institutionnel diffère du contexte suisse, mais le résultat invite à examiner les coûts fixes imposés par chaque procédure.5

Réduire la charge

Ces coûts ne sont pas une fatalité

Avec l’IA, Sealio lit les documents d’appel d’offres, en extrait les exigences et prépare les parties répétitives de la réponse. Il reste plus de temps pour ce qui distingue une offre des autres.

Répondre à un acheteur public coûte-t-il plus cher qu’à un client privé ?

Dans une expérience par scénarios menée auprès de 177 entreprises danoises, les répondants estiment leurs dépenses de transaction à 10,36 % de la valeur du contrat avec un acheteur public, contre 7,74 % avec un acheteur privé. L’écart relatif est d’environ 34 %, soit 2,62 points de pourcentage.6

L’expérience porte sur des estimations dans des situations proposées aux participants. Elle couvre plusieurs étapes de la relation commerciale, au-delà de la seule rédaction d’une offre. Elle ne mesure donc pas un surcoût uniforme de chaque appel d’offres suisse.6

Combien de procédures échouent ?

Sur SIMAP, 507 avis d’interruption et 59 avis de révocation ont été publiés en 2025.9 Une procédure interrompue laisse du travail déjà réalisé chez l’adjudicateur et chez les candidats. La présentation de l’IT-Beschaffungskonferenz évoque de son côté environ 700 interruptions par an, sur un périmètre qui n’est pas précisé.1

L’étude de Casady, Petersen et Brogaard analyse 5 558 contrats de collectivités danoises sur la période 2017–2021. Elle associe une capacité administrative plus importante à une moindre probabilité d’annulation ; les investissements très spécifiques sont, à l’inverse, associés à davantage d’annulations. Le manque de concurrence est le principal motif observé. Ces résultats soutiennent l’intérêt d’équipes d’achat compétentes et d’une meilleure connaissance des fournisseurs potentiels, sans quantifier l’économie réalisable en Suisse.7

Tátrai et ses collègues étudient, dans un article de 2026, plus de quatre millions d’observations européennes issues de TED entre 2016 et 2023. Ils constatent 16,37 % de résultats infructueux dans leur base. Leur indicateur concerne les parties ou lots non attribués signalés dans les avis d’adjudication ; il ne recense pas toutes les annulations avant attribution. Ce taux ne doit donc pas être comparé directement au chiffre suisse de 700 interruptions. L’étude montre aussi les limites des données disponibles pour expliquer précisément les échecs.8

Ce que les entreprises peuvent faire

Les trois quarts des offres déposées n’obtiennent pas le marché.9 La décision de participer est donc le premier levier. Avant de mobiliser une équipe, il faut apprécier l’adéquation avec le besoin, les conditions de participation, la valeur du contrat et l’effort de réponse. Dans les hypothèses du modèle présenté en 2026, une offre demande 144 heures, soit près de trois semaines et demie de travail à plein temps et environ 9 200 francs au coût horaire moyen.1,2 Les écarts relevés par Corinne Wegmüller montrent que ce chiffre varie fortement d’un achat à l’autre : une estimation propre à chaque consultation rend la décision plus concrète.3 Notre guide Bid or no-bid : qualifier un appel d’offres suisse en 60 minutes propose une méthode.

La taille du marché compte aussi. Dans l’estimation de Balaeva et de ses collègues, les coûts de transaction atteignent 6,6 à 8,1 % de la valeur des petits achats, contre environ 1 % sur l’ensemble des contrats.5 Le rapport européen de 2011 observe la même tendance.4 Sur un petit marché, le coût de la réponse peut absorber une bonne part de la marge espérée.

Le nombre d’offres n’est connu qu’après l’adjudication, mais les tendances d’un secteur aident à estimer ses chances. En 2025, les marchés informatiques publiés sur SIMAP ont reçu en moyenne 6,2 offres, et près d’un tiers en ont reçu sept ou plus ; dans la construction, la moyenne était de 4,4.9 Plus un secteur est disputé, plus la décision de participer doit être solide.

Le deuxième levier est la réutilisation de documents fiables : références, CV, attestations, certifications et descriptions de prestations. Leur utilité dépend de leur actualité et de leur pertinence pour le marché visé. Un dossier réutilisable réduit le travail répétitif ; il ne dispense pas de vérifier les exigences propres à chaque consultation. Le guide Comment rédiger une offre pour un marché public suisse détaille cette étape.

Il reste enfin à mesurer les résultats. Un suivi interne peut rapprocher les heures consacrées à chaque réponse, le coût correspondant, les décisions de participation et les adjudications obtenues. Sans ce suivi, une entreprise ne sait pas ce que lui coûtent réellement les appels d’offres, ni lesquels valent l’effort.

Sealio réduit le temps passé à lire les dossiers et à rédiger les parties répétitives d’une offre. Les heures libérées vont à ce qui départage les offres.

Ce que les acheteurs peuvent simplifier

Pour un acheteur, l’enjeu pratique consiste à examiner ce que chaque demande apporte à la décision. Cela commence par la définition du besoin : clarifier ce qui doit être obtenu, examiner le marché et vérifier que les exigences permettent des réponses pertinentes. Une ambiguïté laissée dans le dossier peut ensuite se multiplier dans les questions des candidats, leurs hypothèses de chiffrage et le travail d’évaluation.

Pour chaque pièce et chaque question, l’équipe d’achat devrait pouvoir expliquer l’usage prévu dans l’évaluation ou la gestion du contrat. Une preuve utile pour apprécier la capacité d’un fournisseur a une fonction. Une pièce redemandée sans nécessité, une question ambiguë ou un format difficile à exploiter ajoutent du travail sans que leur contribution soit évidente. Les modèles communs aident lorsqu’ils évitent de reprendre les mêmes documents, à condition d’être adaptés au marché concerné.

L’évaluation mérite la même préparation. Définir à l’avance les responsabilités, les critères et les informations nécessaires aide à demander des offres comparables. L’effort attendu des candidats devrait rester cohérent avec la valeur, les risques et la complexité de la prestation. Suivre l’effort de préparation et d’évaluation, les questions reçues et les motifs d’interruption montre si ces mesures réduisent la charge.

Ce qu’il reste à mesurer

Les données publiques s’arrêtent au nombre d’offres. Le temps qu’elles demandent n’est pas mesuré de façon systématique en Suisse, et l’estimation de 560 millions de francs en donne un ordre de grandeur, pas une mesure.1 Une estimation nationale plus solide demanderait des données récentes, des périmètres cohérents et des durées représentatives de plusieurs catégories d’achats.

Une entreprise peut commencer dès sa prochaine consultation, en notant les heures passées sur chaque offre et en les comparant, après quelques mois, aux marchés obtenus.

Méthode des chiffres SIMAP

Sealio est une plateforme suisse qui aide les entreprises à repérer, qualifier et préparer leurs réponses aux appels d’offres publics. Pour cet article, Sealio a analysé les avis d’adjudication publiés sur SIMAP entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025, soit 10 820 avis.

Le nombre d’offres provient du champ renseigné par l’adjudicateur ; il est disponible pour 8 724 avis. Dans cet article, un marché correspond à un avis d’adjudication : un avis qui couvre plusieurs lots est compté une seule fois, car le nombre d’offres par lot n’est pas disponible. Un avis qui désigne plusieurs adjudicataires est compté une seule fois, et le nombre d’offres retenues correspond aux adjudicataires nommés dans ces avis : 398 avis en désignent plusieurs. Deux avis indiquent moins d’offres que d’adjudicataires et ont été laissés tels quels.

Les secteurs suivent le code CPV de l’adjudication : ingénierie et planification CPV 71 ; informatique CPV 48 et 72 ; technique du bâtiment pour les travaux d’installation dans les bâtiments (CPV 45.31 à 45.35, CFC 23 à 26 et 33 à 35), les équipements de ventilation et de froid et l’entretien des installations du bâtiment ; construction pour les autres travaux de la division 45.

Les procédures sans publication sur SIMAP ne sont pas incluses. Les données ont été extraites en juin 2026, et quatre avis ont été vérifiés directement sur SIMAP.

Références

1Jennifer De Capitani. Effizienz statt Bürokratie: Wie teuer sind unsere Beschaffungen wirklich? Présentation donnée le 26 août 2026 à l’IT-Beschaffungskonferenz. Page de la conférence.

2Office fédéral de la statistique. La Suisse en chiffres, Annuaire statistique 2024, chapitre Travail et rémunération, p. 167, coûts de la main-d’œuvre en 2020. Tableau source.

3Corinne Wegmüller (2019). Wirtschaftlichkeit von öffentlichen Ausschreibungen im IT-Bereich. Analyse und Quantifizierung der Kostentreiber von öffentlichen Ausschreibungen im IT-Sektor. Mémoire de master, Université de Berne. Texte intégral.

4PwC, London Economics et Ecorys (2011). Public procurement in Europe: Cost and effectiveness. Rapport pour la Commission européenne. Notice officielle.

5Olga Balaeva, Andrei Yakovlev, Yuliya Rodionova et Daniil Esaulov (publication en ligne 2020 ; volume 2022). Public procurement transaction costs: a country-level assessment. Public Money & Management, 42(3), 181–190. DOI.

6Matthew Potoski, Ole Helby Petersen et Trevor L. Brown (publication en ligne 2022 ; volume 2023). Same product, different price: Experimental evidence on the transaction cost expenditures of selling to governments and firms. Public Administration Review. DOI.

7Carter B. Casady, Ole Helby Petersen et Lena Brogaard (2023, publication en ligne). Public procurement failure: The role of transaction costs and government capacity in procurement cancellations. Public Management Review. DOI.

8Tünde Tátrai, Péter Juhász, Gyöngyi Vörösmarty et Dávid Tresó (2026). Failed Procurements as a Measure of Public Procurement Performance. Public Organization Review. DOI.

9Sealio (2026). Analyse des avis d’adjudication publiés sur SIMAP en 2025 (10 820 avis). Voir « Méthode des chiffres SIMAP ».

Comment citer cet article

Note éditoriale

Cet article s’appuie sur une analyse des données SIMAP réalisée par Sealio et sur des travaux publiés. Les chiffres attribués à Jennifer De Capitani sont rapportés tels qu’ils ont été présentés à l’IT-Beschaffungskonferenz 2026. Pour signaler une erreur : info@mysealio.com.

Questions fréquentes

Combien d’offres ne sont pas retenues dans les marchés publics suisses ?

En 2025, les avis d’adjudication publiés sur SIMAP recensent 41 170 offres pour 9 824 offres retenues. Les trois quarts des offres déposées n’ont donc pas obtenu le contrat.

Combien d’heures faut-il pour répondre à un appel d’offres public en Suisse ?

Il n’existe pas de moyenne nationale établie. Le modèle présenté à l’IT-Beschaffungskonferenz 2026 retient 144 heures par offre. Pour les achats informatiques, les valeurs médianes déclarées en 2019 par les fournisseurs vont de 49 à 240 heures selon le type d’achat.

Qui supporte le coût des appels d’offres en Suisse ?

Selon l’estimation présentée en 2026, les entreprises soumissionnaires supportent environ 82 % des quelque 560 millions de francs annuels, et les adjudicateurs environ 18 %.

Combien d’offres reçoit un marché public en Suisse ?

En 2025, un marché publié sur SIMAP a reçu en moyenne 4,7 offres, avec une médiane de quatre. Plus d’un quart des marchés n’ont reçu qu’une ou deux offres.

Points clés à retenir

Trois offres sur quatre déposées sur les marchés publiés sur SIMAP en 2025 n’ont pas obtenu le contrat. Chiffrer les heures d’une offre avant de décider d’y répondre est le levier le plus direct pour les entreprises.

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